Les syndicats se sont réunis en urgence le 25 février à Bruxelles pour se concerter sur la situation au sein du groupe graphique qui compte plus de 5 000 salariés dans 10 pays européens. La liste des doléances à l'encontre de CMG est longue : retard de versement de salaires, réduction des effectifs, non-paiement des fournisseurs de papier et d'encre et clôture de comptes bancaires. Le surendettement pourrait en outre déboucher sur d'autres faillites que celles d'Hélio, pensent les organisations de travailleurs.

Vu "l'opacité totale" concernant les flux financiers et la situation comptable aussi bien des entités de CMG que du groupe lui-même, les syndicats ont décidé de saisir officiellement les autorités européennes et nationales respectives. Ils en appellent à la mobilisation de toutes les parties impliquées "pour éviter des catastrophes similaires à ce qu'ont connu les salariés de Charleroi".

Les syndicats menaient le 26 février une action devant les portes de Corelio pour informer les travailleurs de la situation. Leen Van Lierde, du syndicat libéral, a confié à TV Oost craindre pour Erpe-Mere le scénario d'une faillite provoquée : "En ce sens que CMG pourrait recourir au même stratagème que celui qui a été appliqué dernièrement pour Hélio Charleroi." TV Oost a fait savoir plus tard dans la journée que le conseil d'entreprise convoqué chez Corelio n'avait donné que "de maigres résultats" selon les syndicats : "Promesse a bien été faite que les salaires de mars et avril seraient payés à temps. Mais les représentants des travailleurs n'ont reçu aucune garantie quant à l'avenir de l'entreprise. Il est possible que les équipes de week-end soient supprimées par souci d'économie."

Selon des articles parus dans la presse locale, dont La Cerca, le syndicat espagnol CCOO a demandé cette semaine au tribunal de procéder à la saisine des arriérés de salaires. Selon un syndicaliste, les fournisseurs d'encres et de papier ont cessé d'approvisionner les entreprises du groupe CMG à Seseña, pour cause de factures non honorées. Jusqu'à aujourd'hui, seules des "interruptions de travail symboliques" ont eu lieu en signe de protestation, les syndicats ne souhaitant pas envenimer la situation : "Mais nous nous faisons surtout du souci parce que les entreprises, tout comme à Charleroi, peuvent très bien fermer leurs portes du jour au lendemain." CMG possède également trois sites de production à Barcelone.

Nicola Konstantinou, président de l'organisation faîtière européenne UNI Graphical & Packaging, a indiqué dans une communication écrite à Nouvelles graphiques, avoir déjà, dans une lettre du 17 janvier, sommé la direction de CMG de rétablir le conseil de participation européen tel qu'il existait du temps de l'ex-Circle Printers mais auquel il avait été mis fin au moment de la vente des activités françaises. "Je n'ai reçu aucune réponse à ce jour."

Invité à réagir aux griefs formulés par les syndicats, CMG dit reconnaître que certaines mesures sont douloureuses, tout en les présentant comme nécessaires : "Comme les syndicats ne l'ignorent pas, l'ensemble de l'industrie graphique européenne connaît des conditions de marché difficiles depuis un certain temps." Le groupe dit "avoir toujours respecté la loi, satisfait à ses obligations en matière d'information et de reporting, financé ses activités de la meilleure manière possible et s'être acquitté de ses devoirs envers le personnel. À chaque fois qu'il a fallu procéder à des diminutions de capacité et que des réductions de personnel étaient inévitables, nous avons toujours agi de manière responsable dans le respect de la législation et des réglementations en vigueur. Les accusations non fondées de ces syndicats sont toutefois de nature à mettre encore davantage en péril notre activité, les relations avec nos parties prenantes et les emplois de nos salariés compte tenu des conditions de marché difficiles actuellement traversées par l'industrie graphique."

Pendant ce temps, la tension est toujours palpable chez CPI Williams Clowes, filiale de CPI établie dans le Suffolk (Royaume-Uni), qui a été reprise par CMG en juillet 2018. Les travailleurs y ont observé un arrêt de travail de 24 heures déjà à trois reprises - en novembre, décembre et janvier - pour protester contre le gel des salaires que l'entreprise envisage de leur imposer pour deux ans. Selon le syndicat Unite, le personnel n'a eu droit qu'à deux augmentations salariales sur les 14 dernières années. La menace de nouvelles grèves est agitée en l'absence d'une meilleure proposition.